2011-03-22 Enquête publique

Boulogne-Billancourt, le 22 mars 2011

Monsieur le Commissaire Enquêteur

En tout premier lieu, AEBB s’étonne de la démarche devenue systématique à Boulogne-Billancourt qui consiste à opérer des modifications simplifiées du PLU qui se multiplient. On va se trouver avec une multitude de révisions simplifiées juxtaposées qui ne formeront pas un projet d’ensemble.

Il y a un véritable problème de conception de la ville avec une logique d’urbanisme à la parcelle qui ne semble s’expliquer que par un impératif de calendrier politique plus que de projet.

Lors de la précédente révision du PLU en 2005, AEBB a été à l’origine de la sauvegarde d’une qualité du cadre de vie en s’opposant à un projet de forte de densification du quartier du trapèze et de l’île Seguin. Suite à une concertation obtenue de haute lutte grâce à un recours intenté notamment par AEBB contre la modification de PLU, AEBB a pu négocier avec la municipalité d’alors que le nombre de m² constructible soit limité. L’association était en cela largement soutenue par Monsieur le Député maire actuel, M. Baguet. Cette limitation était de 175000 m² et le programme pour l’île Seguin, qui a fini par voir le jour dans la foulée, avait tenu compte de cette modération. A la suite de cette action, plusieurs associations s’intéressant à l’environnement ou ayant un projet particulier pour l’île Seguin ont été associées à une concertation régulière organisée par la SAEM en charge de l’aménagement des terrains Renault.

La campagne municipale de 2008 a alors permis au candidat M. Baguet qui avait soutenu la modération des m² constructibles de préciser davantage sa pensée: c’est une île dé-densifiée avec 110 000 m² qui était proposée aux boulonnais.

En juillet 2010, alors que la nouvelle municipalité avait tardé à remettre en place les réunions de concertation avec les associations, c’est par la presse qu’élus et citoyens ont pris connaissance du nouveau projet présenté par le cabinet d’architecture Jean Nouvel. Projet présenté sans qu’il ne soit fait aucune mention aux surfaces constructibles et au revirement opéré par le Député Maire en ce qui concerne ces dernières.

C’est seulement, le 9 décembre 2010, au cours de la séance du conseil municipal, lors la présentation du CRACL (Compte Annuel N°6 à la Collectivité Locale), que ce revirement du Député Maire est apparu : l’île qu’il envisage n’accueillerait plus 110 000 m² ni 175 000 m² mais jusqu’à 337 500 m², dont 164 200 m² de bureau, qui amèneraient 8 000 à 10 000 employés à transiter sur l’île… c’est à dire le nombre de m² maximal qu’une révision simplifiée du PLU peut autoriser sur l’ensemble du trapèze et de l’Ile Seguin à cela près qu’elle trahit alors l’accord passé entre les associations à la concertation et la Ville qui prévoyait l’impossibilité d’un transfert de m² d’un macro-lot à un autre.

Le projet actuel présenté à grand renfort de communication (plaquettes, maquettes luxueuses mais trompeuses présentant des immeubles en plexiglas transparents et des espaces construits présentés comme espaces verts (une serre serait un espace vert?), conférences de presses dédiées à des cercles restreints) laisse dubitatif. On est passé de l’ère de la réflexion en urbanisme à l’ère de la communication VIP, a grand renfort de noms (Nouvel, Fondation Cartier, Madona Bouglione…) qui seraient vendeurs.

Est-il utile de rappeler les problèmes d’une densification en milieu urbain déjà dense:

  • régulation des flux,
  • existence de moyens de transports (ce n’est pas le grand Paris Express promis à l’horizon 2023 qui permettra de fluidifier les circulations tant en raison du délai de réalisation de ce réseau que du faible nombre de points de desserte dont le département bénéficiera),
  • manque d’espaces verts et d’espaces dédiés au sport,
  • nécessité de renforcement des équipements publics …
  • et tout simplement préservation des vues et de l’ensoleillement!

On ose à peine évoquer les questions des circulations dans l’île qui avait été définie comme sans voiture, de l’insertion dans le site (des tours de quelle hauteur ?) tant il nous semble que la réflexion qui doit avoir lieu se situe largement en amont de toute question architecturale ou de partage de l’espace public.

Ainsi, plutôt qu’essayer de modifier un règlement pour caser une vision d’architecte, c’est une méthodologie globale de construction de la Ville partant de documents fondateurs qu’AEBB attend. Cette méthodologie devra notamment partir de documents fondateurs pour le PLU: PADD et PDU. Il apparaît donc utile de stopper dès aujourd’hui l’ensemble des révisions simplifiées qui ont actuellement cours sur la Ville afin de redonner la possibilité à la révision à venir du PLU d’avoir un sens, quitte à dépasser le temps du mandat de l’élu. Le mandat de l’élu n’est pas un spectacle à la fin duquel les électeurs applaudissent. Il y a une véritable responsabilité à construire un projet durable, citoyen et respectueux.

Par ailleurs pour un projet que la ville n’hésite pas à présenter comme devant avoir un rayonnement devant dépasser le cadre simple de la ville, il est étonnant que l’on se satisfasse d’une procédure de révision simplifiée. On se dote là d’un outil qui n’est pas du tout à la mesure des ambitions du projet affiché de « petite Défense ».

L’association AEBB veillera à ce que les avancées obtenues en 2005, ne soient pas dévoyées par une nouvelle politique de la municipalité en place, remettant en cause le cœur même des accords conclus à cette époque avec la Ville, après de longues et difficiles négociations.

Le Président              A.H. Chombart de Lauwe